Prévention et Promotion de la santé auprès des jeunes: la démarche réflexive d'Adosen

Hawa Fatty
5 Mai 2020

Dans un contexte atypique, et en réponse aux défis posés par le Covid-19, Adosen (association du groupe MGEN), continue d’œuvrer pour la prévention et la promotion de la santé auprès des communautés éducatives. Elle a ainsi mis en place des interventions en ligne à destination des jeunes afin de les inciter à réfléchir sur l’impact du coronavirus dans leur quotidien et à déterminer eux-mêmes les moyens d’en réduire les effets indésirables. Toujours avec cette approche d’empouvoirement des jeunes, elle s’est cette fois adressée aux acteurs de l’éducation en proposant le 30 avril dernier un webinaire sur la question « comment prévenir sans prescrire ». L’occasion, à la veille de la réouverture des écoles en France, de présenter aux éducateurs l’étendue de la démarche Adosen et des outils pour les aider à appréhender les problématiques de santé avec les jeunes en les plaçant au cœur de l’action.

« A la question ‘’Qu’est-ce qui est bien pour moi ?’’, on obtient des réponses variées, mais surtout subjectives. C’est parce que nous sommes tous différents, et c’est là toute la complexité de la démarche de prévention » introduit Sofia El Yousfi, Déléguée Générale, et co-présentatrice du Wébinaire Adosen.  

Par la nature de son activité, Adosen a pu constater qu’une action de prévention n’est en réalité jamais neutre, puisqu’elle consiste en l’action d’inciter des personnes à agir d’une manière qui nous semble juste, selon nos valeurs. Si la justesse de ces valeurs peut être étayées par des faits scientifiques exposables, il est toutefois primordial de prendre en compte la vulnérabilité du public jeune face à nos messages de prévention.

La question se pose donc de savoir comment promouvoir et encourager les valeurs que l’on souhaite transmettre sans les imposer. L’association a ainsi élaboré des piliers permettant de développer une démarche de prévention dite « réflexive ». Elle répond aux exigences soulevées et s’articule en 2 temps :

  • Mobiliser les compétences réflexives et dialogiques : aider les jeunes à réfléchir, à prendre conscience de leurs pensées et des chemins qu’ils et elles prennent pour arriver à leurs conclusions. Les aider à construire un jugement par le dialogue et faire en sorte que le sens se construise de l’intérieur, entre les paires, pas uniquement de l’adulte au jeune.
  • Transmettre les informations : permettre au jeune de faire un choix éclairé en conciliant l’information et le travail réflexif du jeune via le dialogue. Aider l’élève à faire son interprétation de l’information qu’on va lui transmettre, à se demander quels sont les critères qui vont lui permettre de prendre une décision, afin de choisir lui-même la direction qu’il va vouloir donner à cette information.

Mais ce travail n’est pas simple, explique Agathe Delanoë, Chargée de Projets, il existe des risques importants liées à la posture d’autorité qu’ont les encadrant.e.s ; ils/elles peuvent intimider et donc empêcher (même involontairement) le jeune de penser et agir de façon libre et autonome. La posture préventive elle-même induit un risque de moralisation et de culpabilisation du jeune qui pourrait se sentir jugé par rapport à son comportement. Entrainant de facto, une communication biaisée, contraignant toute réciprocité de l’échange.

L’objectif de l’encadrant devra alors être d’établir avec les élèves un processus dynamique de construction du jugement. Pour se faire, les acteurs Adosen invitent les éducateurs a :

Changer de paradigme :

Il ne s’agit pas de faire un cours mais plutôt d’animer un dialogue. On veut amener les élèves à commencer par se poser des questions pour ensuite essayer de trouver des éléments de réponse. Cette horizontalité des rapports peut se matérialiser par du mouvement et une réorganisation de l’espace, en créant un cercle dans lequel on enlèverait les tables pour casser la posture scolaire. Les adultes prennent alors place à côté des élèves et tout le monde est à égalité de parole.

Opérer un transfert de responsabilité :

On passe de la responsabilité d’un contenu à transmettre à celle d’un cadre permettant la construction par et pour les élèves d’un contenu qui les concerne et qui a du sens pour eux ; leur permettre de créer un dialogue autour de sujets qui les intéressent. Ce cadre doit être bienveillant, afin de montrer aux élèves qu’on leur fait confiance, qu’on valorise leur capacité de penser et à s’engager dans un problème. Tout en attendant d’eux un vrai effort de réflexion intellectuelle pour avancer dans leur jugement.

Mobiliser le savoir-être et le sens de l’entraide des élèves:

Implémenter des actions qui vont aider les élèves à apprendre à discuter de manière organisée et rationnelle entre eux. Il s’agit d’organiser une écoute et une participation active articulée autour de 3 règles d’or :

- « On s’écoute » : attendre que la personne ait fini de parler avant de prendre la parole
- « On peut dire ce qu’on pense » : il n’y a pas de bonne ni de mauvaise réponse ; on peut dire ce qui a déjà été dit ; on a le droit de ne pas être d’accord ; on peut changer d’avis
- « On respecte » : ne pas invalider le propos de son camarade ou se montrer injurieux

On peut également faire appel au groupe lorsqu’une personne a du mal à développer ou exprimer une idée. Le but étant que les élèves ne se reposent pas sur les adultes et que la responsabilité du contenu soit partagée par l’ensemble du groupe.

Mobiliser des habilités de pensées:

Il s’agit d’aider les élèves à gérer l’information, à généraliser et hiérarchiser leur propos mais aussi à faire des distinctions. L’encadrant doit les amener à organiser leurs idées et à en rechercher le sens pour mieux interpréter et confronter les points de vue. L’idée est de permettre au jeune de prendre du recul par rapport à ses propres pensées, son environnement ou encore ce qu’il entend ses camarades dire de leurs propres expériences. 

Afin de faciliter l’implémentation de sa démarche réflexive auprès des élèves, l’Adosen a développé des outils pédagogiques pouvant être pris clés en main par les équipes éducatives. Tous ces outils s’accompagnent d’ailleurs de guides avec des trames de dialogue et des méthodes pour aider l’encadrant à animer les différents ateliers de prévention.

Serious Game qui a pour but de comprendre la construction de l’identité et de la personnalité du jeune grâce aux réseaux sociaux et à internet. Le jeune doit se mettre dans la peau de Charlotte, le personnage du jeu, pour guider l’enquête qu’elle mène grâce aux réseaux sociaux pour retrouver son amie disparue. Des choix de répliques ou d’actions sont proposés pour faire évoluer l’histoire.

On peut projeter le jeu devant une classe entière ou le faire par petits groupes.

 

Outil de diagnostic du bien-être et de la santé de l’élève permettant d’identifier et prioriser les sujets à aborder avec les élèves.

Le questionnaire évalue la différence entre le bien-être perçu et le bien-être vécu de l’élève (ce qu’il pense // ce qu’il fait). Il est anonyme, aussi bien pour la personne qui a lancé l’enquête que pour Adosen ; on ne peut donc pas savoir quel élève à répondu à quelle question. L’encadrant reçoit un résultat global. Cela permet à l’élève de se sentir à l’aise sur des questions intimes. Non seulement il est impliqué dans son propre diagnostic mais en plus il peut répondre sincèrement et se dire que personne ne saura que c’est lui, ce qui est un véritable gage de confiance.

 

Campagne de promotion et de sensibilisation à l’égalité homme/femme qui passe par une déconstruction des stéréotypes.

Il s’agit d’une Web-série avec des épisodes de 4mins qui met en scène les différentes manifestations des stéréotypes dans le quotidien, dans le but que les élèves puissent les identifier. La force de cet outil est qu’il permet aux jeunes de voir concrètement comment les stéréotypes sont des produits de notre environnement. Il offre aussi la possibilité aux jeunes de participer directement à la construction de l’outil ; des élèves du collège Gérard Philipe à Paris ont ainsi pu jouer dans les épisodes de la 2ème saison de la web-série et avec l’un des épisodes rédigé par des collégiens de l’Hérault.

 

Sofia El Yousfi et Agathe Delanoë rappellent toutefois que si ce processus est important et qu’il est efficace, il peut s’avérer long, les jeunes n’ayant pas l’habitude de devoir identifier clairement leurs mécanismes de pensée et d’avoir à en tirer des conclusions. Pour l’animateur, il est d’ailleurs compliqué de rester neutre et de poser des questions qui n’influencent pas l’orientation des réponses. C’est donc un processus qui demande de la patience et de la persévérance, pour promouvoir la santé et ne pas l’imposer.

L’Adosen reste disponible pour tout accompagnement présentiel ou à distance des ateliers de prévention. Elle est également en train de mettre en place des formations pour aider les encadrants dans leurs interventions.