Résolution sur la santé mentale des enseignant·e·s adoptée par le Congrès de l’Internationale de l’Éducation

Louise Magnard
29 Septembre 2019

Réunis à Bangkok du 21 au 26 juillet 2019 pour le 8e Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation, les syndicalistes ont adopté une résolution sur la santé mentale des enseignants.

« Le 8e Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation (IE), réuni à Bangkok, en Thaïlande, du 21 au 26 juillet 2019 souligne ce qui suit :

(1) L’éducation de qualité est un facteur essentiel au bien-être des enfants et des jeunes.

(2) Un trop grand nombre d’élèves n’ont pas la possibilité d’accéder à des spécialistes compétent·e·s en matière de santé mentale et de bien-être, en raison du manque d’investissement dans l’éducation.

(3) Les enseignant·e·s et personnels de soutien à l’éducation jouent un rôle important dans l’encadrement de leurs élèves, mais n’ont pas pour vocation de remplacer les professionnel·le·s spécialisé·e·s et qualifié·e·s de la santé mentale.

(4) Une direction efficace des établissements scolaires, soucieuse de respecter le personnel, a un impact majeur sur le bien-être des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

(5) L’intensification de la charge de travail, les enjeux très importants en termes de performance des écoles et la précarisation croissante des conditions de travail et d’emploi ont des conséquences négatives sur la santé mentale et le bien-être des personnels enseignants.

(6) Le moral et la satisfaction professionnelle des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation se dégradent également en raison des coupes salariales, des mauvaises conditions de travail, du surcroît de travail et d’autres pratiques de gestion néfastes qui, dans bon nombre de pays, dissuadent de plus en plus souvent d’entamer une carrière dans l’enseignement.

(7) Le manque d’investissement dans l’éducation, conséquence des politiques d’austérité économique et financière, a eu des effets profonds et dévastateurs sur la santé mentale des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation dans bon nombre de pays.

(8) Plusieurs études confirment l’augmentation des cas de dépression, d’anxiété et de suicide chez les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation, aggravés par les pratiques de gestion néfastes et inefficaces et l’absence de soutien.

(9) Les organisations membres ont déployé des efforts considérables dans le cadre de leurs campagnes et de leurs actions collectives visant à apporter des améliorations concrètes aux conditions de travail et aux pratiques professionnelles dans les écoles, afin de pouvoir répondre aux préoccupations concernant la santé mentale et le bien-être des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

Le Congrès note également :

(10) Les conséquences profondes et désastreuses sur la santé mentale des personnels dans un grand nombre de pays où ces derniers constituent des cibles politiques ou sont victimes des exactions des gouvernements, services de sécurité ou autres autorités (intimidation, arrestation et détention arbitraires, emprisonnement, torture, passage à tabac et assassinat).

(11) Les conséquences de la violence, de l’intimidation et de la militarisation des écoles sur la santé mentale des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

(12) Nombreux sont les pays où les politiques d’austérité économique, ainsi que la privatisation et la commercialisation de l’éducation, ont conduit à la discrimination et à l’exploitation des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation, et à les désigner comme boucs émissaires.

(13) Un grand nombre d’enseignant·e·s, des personnels de soutien à l’éducation et d’élèves sont contraint·e·s de quitter leur pays d’origine en raison des conflits armés, de la violence, de l’exploitation sexuelle et des persécutions, et ont besoin d’un soutien plus important en ce qui concerne leur santé mentale et physique.

Le Congrès estime que :

(14) L’éducation et les enseignant·e·s et personnels de soutien de qualité sont les piliers centraux de toute société démocratique.

(15) Il importe d’assurer la formation adéquate des directeur·rice·s d’établissement scolaire afin de pouvoir introduire des pratiques favorisant la participation constructive et le bien-être des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation, ainsi qu’une culture de la rétroaction positive au sein de leurs écoles. Ils·Elles doivent également être formé·e·s à l’identification des risques psychosociaux.

(16) L’Objectif de développement durable 4 des Nations Unies, marquant un engagement mondial en faveur de l’éducation, risque fort de ne pouvoir être atteint en l’absence du recrutement et du maintien en service d’un nombre suffisant d’enseignant·e·s et de personnels de soutien à l’éducation qualifié·e·s.

(17) L’éducation de qualité pour les enfants et les jeunes nécessite des conditions de travail de qualité et des investissements dans les équipes d’encadrement pédagogique.

(18) Le manque d’investissement dans les personnels de l’éducation, ainsi que les pratiques de gestion néfastes dans les écoles, sont des causes majeures des problèmes de santé mentale des enseignant·e·s, des personnels de soutien et des élèves.

(19) L’ensemble des enseignant·e·s, des personnels de soutien et des élèves doivent pouvoir bénéficier d’un soutien pour leur santé mentale et leur bien-être et y accéder sans critique, pénalisation ou stigmatisation.

(20) Le Congrès décide de confier au Bureau exécutif le mandat suivant :

(i) Continuer à faire progresser les idéaux, les buts et les objectifs de la campagne Uni·e·s pour l’éducation de qualité, en reconnaissant le rôle central de la santé et du bien-être des enseignant·e·s, des personnels de soutien et des élèves dans le cadre de la réalisation de l’objectif de l’éducation de qualité pour tou·te·s.

(ii) Mettre en lumière et soutenir les initiatives des organisations membres qui mènent des campagnes et des actions collectives pour mettre un terme aux pratiques de travail inacceptables.

(iii) Continuer à soutenir et diffuser les efforts déployés par les organisations membres qui prennent des initiatives pour soutenir les enseignant·e·s, les personnels de soutien et les élèves réfugié·e·s et déplacé·e·s.

(iv) Continuer à promouvoir les écoles en tant que havres de paix pour toutes et tous.

(v) Revendiquer, aux côtés des organisations membres, le développement d’un indicateur national et international approprié pour la santé mentale et le bien-être des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

(vi) Collecter et diffuser les exemples de pratiques efficaces pour renforcer le bien-être des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation dans les différents contextes nationaux.

(vii) Promouvoir, aux côtés des organisations membres, les objectifs de la Journée mondiale de la santé mentale. »

Focus sur la santé mentale des enseignant·e·s au Royaume-Uni

Les questions de santé sont de grande importance pour les syndicats de l’éducation. Lors de sa dernière conférence annuelle, le syndicat NASUWT-The Teachers’ Union, membre du RES, a notamment voté une motion sur la santé mentale des enseignants.

Chaque année, l’enquête de la NASUWT « The Big Question » permet de mettre en lumière le point de vue des enseignants et des chefs d'établissement et les questions qui influent sur leur travail, notamment sur les sujets de l'équilibre entre le travail et la vie personnelle ; et le bien-être mental et physique des enseignants.

Lors du 8e Congrès de l’IE, dans le salon des éducateurs, NASUWT a animé un panel sur la santé mentale et le bien-être des enseignants, avec des invités de l'AFT.

Gareth Young a présenté les données de « The Big Question » depuis la première enquête réalisée en 2011.  Il a souligné l'impact sur les enseignants de leurs emplois et de la surcharge de travail, qui entraîne stress et manque de contrôle, conséquence directe de la crise du recrutement dans les écoles britanniques.

Lors de ce panel, des professionnels de l’éducation du monde entier ont partagé les efforts que le travail exigeait sur leur santé mentale.

Russ Walters a conclu la séance en rappelant aux syndicats l'importance d'agir et de donner aux enseignants le pouvoir de dire " non " !

Entre autres, l'enquête 2019 a révélé qu'au cours des 12 derniers mois en raison de leur emploi :

  • 77 % des enseignant·e·s ont éprouvé de l'anxiété ;
  • 85 % ont souffert d'une perte de sommeil ;
  • 3 % se sont automutilés.