« Nouvelle Normalité : Amplifier la voix des jeunes »

Louise Magnard
30 Juillet 2020

Plusieurs organisations syndicales internationales, dont l’Internationale de l’Education, ont organisé un cycle de webinaires #YouthForward, offrant une plateforme aux jeunes pour partager les revendications. Après avoir analysé la façon dont les syndicats essaient de remédier aux difficultés des jeunes face au COVID-19, un nouveau webinaire a été l’occasion d’étudier la manière dont les jeunes travailleur·euse·s peuvent façonner une "nouvelle normalité".

Nice Coronacion (SENTRO, Philippines), Dorotea Zec, (Seafarers Union of Croatia, Croatie) et Sweshta Ashnah Soomungull (Confédération des travailleurs du secteur privé, Île Maurice) ont partagé leurs expériences en tant que jeunes leaders syndicalistes. Avant tout, elles ont exprimé une conviction :  face à cette nouvelle crise du capitalisme mondial, et fort·e·s de leurs préoccupations pour les droits humains et le climat, les jeunes des mouvements syndicalistes à l’international ne veulent pas manquer l’opportunité de construire quelque chose de nouveau.

Promouvoir une défense intégrale des droits humains : droits des femmes, justice climatique, droits LGBT, lutte contre le racisme

Dans ce contexte de crise mondiale, liée à la pandémie et au changement climatique, les intervenant·e·s ont souligné le danger de laisser les grandes entreprises avoir la main sur le changement et ont réaffirmé le rôle crucial des syndicats afin de contribuer à définir une nouvelle normalité.

Tout d’abord, les intervenant·e·s ont rappelé l’urgence d’assurer la sécurité des travailleurs. Durant la pandémie, dans certains pays, la question de la sécurité des travailleurs n’a même pas été évoquée, alors même que les travailleurs sont très exposés, ou en première ligne. Dans ces cas, les intervenant·e·s appellent à ce que le Covid-19 soit reconnu comme maladie professionnelle.

Au-delà des rapports de force économiques, les jeunes leaders appellent à soutenir de nouvelles luttes syndicales pour :

  • Le climat et les conditions de travail : une intervenante souligne que la lutte pour les conditions de travail et pour le climat vont de pair car sans attention au changement climatique, à l’avenir, de bonnes conditions de travail ne pourront pas être assurées
  • Des rapports de force équitable envers les femmes : « Si nous voulons construire une nouvelle normalité, il faut que les Etats ratifient la Convention 190 du BIT [pour l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail] », appelle Nice Coronacion, leader syndicale particulièrement mobilisée sur les questions de genre.
  • Des emplois justes et durables : s’il est important d’intégrer les jeunes dans les processus de production, il est tout aussi fondamental de lutter pour des emplois justes, durables, et de tenir compte des spécificités des travailleurs et des travailleuses, notamment des travailleurs migrants.

Sujets jugés trop polémiques par d’autres types de mouvements sociaux dans leurs pays, ce sont donc notamment dans le cadre de leurs organisations syndicales que les mouvements de jeunes se battent pour promouvoir la défense intégrale des droits humains, et abordent ainsi les thèmes de la lutte contre le racisme, la défense des travailleurs LGBTQI+, la lutte pour défendre les droits des migrants, des droits des femmes.

Éducation aux droits et au syndicalisme

Afin de faire bouger les lignes sur les questions de genre, de justice climatique, sans perdre leurs visions, les intervenant·e·s ont souligné l’importance de :

  • Sensibiliser les enfants et les jeunes, par le biais de l'éducation
  • Eduquer aux droits des travailleurs : Afin de faire reconnaître leurs droits, les travailleurs et les employeurs doivent connaître leurs droits en matière de protection sociale, ce qui est particulièrement critique pour certains travailleurs, notamment les travailleurs domestiques.
  • Construire des organisations fortes : en recrutant davantage de travailleurs et de soutiens et en permettant aux jeunes travailleurs d’apprendre davantage sur le mouvement syndical.

Mobiliser les jeunes et faire entendre leurs voix

Pour les intervenant·e·s, « tous les jeunes devraient être dans des syndicats ». Avec le confinement et la généralisation du télétravail, se posent d’autres questions. Comment syndiquer les personnes qui travaillent de chez eux ? Que peut faire le mouvement syndical dans ce nouveau contexte ?

Selon elles, les mouvements syndicaux doivent s’investir sur les plateformes, utiliser les réseaux sociaux pour toucher les jeunes. Elles soulignent que pour cela, l’éducation des membres est très importante. Dans une industrie 4.0, il leur est indispensable de bien connaître les plateformes à notre disposition, d’autant plus que la technologie a permis d’aider leurs membres pendant la pandémie. En résumé, « au lieu d’écrire de grands articles dans les journaux », les mouvements syndicaux devront avoir des actions concrètes qui permettent de recruter plus de jeunes.

En conclusion, le modérateur, Deiby Porras Arias, a rappelé que « amplifier les voix des jeunes, c’est s’assurer qu’ils font partie de tout le champ de transformation de la société ». Il souligne que les jeunes ne sont pas seulement les futurs dirigeant·e·s de demain, mais les dirigeant·e·s d’aujourd’hui, car ils·elles sont préoccupé·e·s et travaillent à la mise à l’agenda politique de nombreuses thématiques. Pour accompagner ce processus, le syndicalisme devrait donc aller au-delà des programmes syndicaux, notamment en travaillant avec des mouvements sociaux plus larges. En plus de la lutte pour des conditions de travail décentes, il s’agit donc d’inventer un nouveau modèle de société, pour la justice climatique, pour les droits humains, la solidarité, l’inclusion… Dans ce processus, le rôle des jeunes femmes et des jeunes hommes est central, et ils·elles ont démontré leur capacité à générer la vision de ce qu'ils·elles veulent pour le futur.

Le webinaire était coorganisé par UNI Global Union, PSI - Public Services International, International Transport Workers' Federation, IndustriALL Global Union, IUF Uniting Food, Farm and Hotel Workers World-Wide, Education International, et BWI Global Union, et supporté par Friedrich-Ebert-Stiftung.